La tour Eiffel · Paris, France
Une tour de fer de trois cents mètres,montée pour durer vingt ans.
- Achevée
- 31 mars 1889
- Hauteur
- 330 m
- Fer
- 7 300 tonnes
- Rivets
- 2 500 000
Sur le Champ-de-Mars, au bord de la Seine, quatre piliers de fer partent des coins d’un carré de 125 mètres de côté. Ils se penchent l’un vers l’autre, se rejoignent et montent d’un seul jet. Avec ses antennes, l’ensemble atteint 330 mètres.
Trois étages reçoivent le public : à 57, à 115 et à 276 mètres du sol. La charpente de fer pèse 7 300 tonnes. Avec les ascenseurs, les planchers, les pavillons et les antennes, la tour en pèse 10 100.
Elle a été montée en deux ans, deux mois et cinq jours pour l’Exposition universelle de 1889, qui célébrait le centenaire de la Révolution française. On l’appelait alors la « Tour de 300 mètres ». Elle devait rester debout vingt ans.
Jusqu’à l’achèvement du Chrysler Building, à New York, en 1930, aucune construction au monde n’était plus haute. Elle reçoit aujourd’hui près de sept millions de visiteurs par an.
Le pylône de Koechlin01
L’idée vient de deux ingénieurs de l’entreprise Eiffel, Maurice Koechlin et Émile Nouguier. En juin 1884, ils dessinent un grand pylône : quatre poutres en treillis écartées à la base, qui se rejoignent au sommet, liées entre elles par des poutres métalliques disposées à intervalles réguliers.
Le principe est celui des piles de pont que l’entreprise construit déjà, poussé jusqu’à 300 mètres. Le chiffre correspond à mille pieds, une hauteur que plusieurs ingénieurs cherchaient alors à atteindre.
Gustave Eiffel se montre d’abord sceptique. Il laisse pourtant l’étude se poursuivre. Koechlin et Nouguier demandent à l’architecte de la maison, Stephen Sauvestre, de mettre le projet en forme. Sauvestre habille les pieds de socles en maçonnerie, relie les quatre montants et le premier étage par de grands arcs, place des salles vitrées aux étages et coiffe le sommet d’un bulbe.
Cette fois, Eiffel est convaincu. Le 18 septembre 1884, il dépose un brevet avec Koechlin et Nouguier « pour une disposition nouvelle permettant de construire des piles et des pylônes métalliques d’une hauteur pouvant dépasser 300 mètres ». Il leur rachète ensuite leurs droits. La tour portera son nom.
Le dessin de Sauvestre sera simplifié. Les arcs de la base sont restés.
Le concours02
Le 8 novembre 1884, un décret de Jules Ferry fixe une Exposition universelle à Paris, du 5 mai au 31 octobre 1889. Eiffel présente son projet à la Société des ingénieurs civils en 1885, avec un premier devis de 3 155 000 francs.
Le 1ᵉʳ mai 1886, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Édouard Lockroy, ouvre un concours. Il s’agit d’« étudier la possibilité d’élever sur le Champ-de-Mars une tour de fer, à base carrée, de 125 mètres de côté et de 300 mètres de hauteur ». L’énoncé ressemble beaucoup au projet d’Eiffel.
Cent sept projets sont déposés. Le principal rival, l’architecte Jules Bourdais, avait d’abord imaginé une tour de granit avant de passer au fer. Le projet d’Eiffel est retenu.
On envisage un temps de faire enjamber la Seine à la tour, ou de l’adosser au palais du Trocadéro. Elle sera finalement posée sur le Champ-de-Mars, comme une porte d’entrée de l’Exposition.
La convention est signée le 8 janvier 1887 par le ministre, par le préfet de la Seine, Eugène Poubelle, et par Eiffel, en son nom propre. Le coût est estimé à 6,5 millions de francs. L’État en verse 1,5 million. Le reste vient d’une société créée par Eiffel avec trois banques. En échange, il exploitera la tour pendant l’Exposition, puis pendant vingt ans, jusqu’au 31 décembre 1909. Elle reviendra ensuite à la Ville de Paris.
La protestation03
Le chantier vient d’ouvrir quand le journal Le Temps publie, le 14 février 1887, une « Protestation contre la Tour de M. Eiffel ». Elle est adressée à Adolphe Alphand, directeur des travaux de l’Exposition. Parmi les signataires : Charles Gounod, Guy de Maupassant, Alexandre Dumas fils, François Coppée, Leconte de Lisle, Sully Prudhomme, William Bouguereau, Victorien Sardou et l’architecte Charles Garnier.
Et, pendant vingt ans, nous verrons s’allonger sur la ville entière, frémissante encore du génie de tant de siècles, nous verrons s’allonger comme une tache d’encre l’ombre odieuse de l’odieuse colonne de tôle boulonnée.
D’autres plumes s’y mettent. Léon Bloy parle d’un « lampadaire véritablement tragique », Paul Verlaine d’un « squelette de beffroi », Joris-Karl Huysmans d’un « suppositoire criblé de trous ».
Eiffel répond le jour même, dans le même journal.
Parce que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous préoccupe pas dans nos constructions et qu’en même temps que nous faisons solide et durable, nous ne nous efforçons pas de faire élégant ? Est-ce que les véritables conditions de la force ne sont pas toujours conformes aux conditions secrètes de l’harmonie ?
Le ministre Lockroy répond lui aussi, sur le ton de la plaisanterie, et met les rieurs de son côté. Deux ans plus tard, Sully Prudhomme prononce un discours favorable à la tour.
Les fondations04
Le chantier ouvre à la fin de janvier 1887. Les fondations demandent cinq mois.
La tour repose sur seize massifs de maçonnerie, un sous chacune de ses seize arêtes. Ils sont reliés par des murs. La charge est assez étalée pour que le sol ne reçoive que 3 à 4 kilos par centimètre carré.
Du côté du Champ-de-Mars, les massifs sont posés sur deux mètres de béton, au fond d’une fosse de sept mètres, sur une couche de gravier. Du côté de la Seine, il faut descendre sous le niveau du fleuve. Les ouvriers y travaillent dans des caissons de tôle étanches, où l’on injecte de l’air comprimé pour repousser l’eau. C’est le procédé Triger.
Au sommet de chaque massif, une pierre de taille de Château-Landon porte un sabot de fonte. Deux boulons d’ancrage de 7,80 mètres le retiennent. Ils ne sont pas indispensables : le poids suffit à tenir la tour.
Chaque sabot loge un vérin hydraulique de 800 tonnes, d’une course de 9,5 centimètres, actionné par une pompe à main. Il permet de soulever une arête d’un rien. Il servira au moment de joindre les piliers.
Les socles de pierre que l’on voit aujourd’hui autour des pieds ne portent rien. Ce sont des soubassements carrés de 25 mètres de côté et de 4 mètres de haut, à ossature de fer et pierres factices de béton, posés entre septembre 1888 et janvier 1889.
Les quatre piliers05
Le Champ-de-Mars est orienté du sud-est au nord-ouest. Chaque pilier pointe donc vers un point cardinal : nord, est, sud, ouest.
Un pilier est un tube carré en treillis, large de 25 mètres au sol. Ses quatre arêtes sont de grosses poutres, les arbalétriers, inclinées à 54 degrés. Sur chaque face, des traverses horizontales et des croix de saint André les relient. Du sol au sommet, le treillis compte vingt-huit panneaux.
La courbe des arêtes a été calculée pour le vent.
Les tangentes aux montants menées en des points situés à la même hauteur viennent toujours se rencontrer au point de passage de la résultante des actions que le vent exerce sur la partie de la pile au-dessus des deux points considérés. Les montants avant de se réunir à ce sommet si élevé, semblent jaillir du sol, et s’être en quelque sorte moulés sous l’action du vent.
Le montage du fer commence le 1ᵉʳ juillet 1887. Les seize arêtes montent chacune pour son compte, reliées au fur et à mesure. Les pièces sont hissées par de petites grues à vapeur qui grimpent avec la tour, sur les glissières prévues pour les ascenseurs.
Le fer et les rivets06
La tour est en fer puddlé, un fer débarrassé de son excès de carbone. Il a été produit par les forges de Pompey, en Lorraine, à partir de minerai lorrain.
Elle compte 18 038 pièces. Chacune a été dessinée et calculée : cinquante ingénieurs et dessinateurs ont produit 5 300 dessins d’atelier. Les pièces sont tracées au dixième de millimètre à l’usine de Levallois-Perret, où travaillent 150 ouvriers. Elles y sont assemblées en éléments d’environ cinq mètres, puis portées au Champ-de-Mars.
Sur le chantier, on ne perce rien et l’on ne retaille rien. Une pièce qui ne tombe pas juste retourne à l’usine.
Les assemblages sont d’abord tenus par des boulons provisoires. On les remplace ensuite par des rivets posés à chaud. Il faut quatre hommes pour un rivet : un pour le chauffer, un pour le tenir en place, un pour former la tête, un dernier pour achever l’écrasement à coups de masse. En refroidissant, le rivet se contracte et serre les pièces.
La tour en compte 2 500 000. Un tiers seulement a été posé sur place. Entre 150 et 300 ouvriers travaillent au Champ-de-Mars, encadrés par des vétérans des grands viaducs.
Ces hommes noirs, grandis par la perspective du plein ciel, avaient l’air de faucher des éclairs dans les nuées.
La jonction07
Un pilier penché ne tient pas seul très longtemps. À partir de trente mètres, on dresse sous les arêtes douze échafaudages de bois, hauts de trente mètres. Quatre autres, de quarante-cinq mètres, sont ensuite montés au milieu de chaque côté pour recevoir les grandes poutres du premier étage, qui pèsent 70 tonnes.
L’arrêt du montage, le temps de construire ces charpentes, inquiète. Des journaux annoncent qu’Eiffel est devenu fou.
Les quatre piliers doivent arriver exactement à la même hauteur et au même écartement, pour que les trous des rivets tombent en face les uns des autres. Deux réglages sont prévus, qui placent la charpente au millimètre près. En haut, le fer repose sur des « boîtes à sable » posées sur les échafaudages. En bas, les vérins des sabots relèvent une arête.
La jonction des grandes poutres est réalisée le 7 décembre 1887. Les vérins sont remplacés par des cales fixes, les échafaudages deviennent inutiles. Le premier étage est achevé le 1ᵉʳ avril 1888.
La figure pose ces charpentes sous la tour terminée. En 1887, il n’y avait rien au-dessus d’elles.
Le premier étage08
Les quatre arcs tendus entre les piliers s’élèvent à 39 mètres et ont 74 mètres de diamètre. Ils ne portent rien : leur rôle est purement décoratif. Ce sont ceux que Sauvestre avait dessinés pour faire accepter le pylône.
Le plancher du premier étage est à 57,63 mètres du sol. Il forme un carré de 70,69 mètres de côté, ouvert en son centre.
En 1889, on y trouvait trois restaurants, un français, un russe et un flamand, et un bar anglo-américain. Une galerie à arcades courait tout autour. Ce décor a été retiré pour l’Exposition de 1937.
L’étage a été refait en 2012 et 2013 par l’agence Moatti-Rivière. Les pavillons ont été reconstruits. Le bord du vide central a été prolongé par des dalles de verre : on y marche au-dessus du sol.
On y voit aussi un tronçon de l’escalier en colimaçon qui montait autrefois du deuxième étage au sommet.
Soixante-douze noms09
Sous la galerie du premier étage, une frise fait le tour de la tour. Eiffel y a fait inscrire, en lettres d’or, soixante-douze noms : dix-huit par face. Ce sont des savants, des ingénieurs et des industriels français qui ont vécu entre 1789 et 1889.
La face tournée vers le Trocadéro commence par Seguin, Lalande et Tresca. On y lit Lagrange, Laplace, Lavoisier et Ampère. Côté École militaire figurent Fresnel, Coulomb, Foucault, Arago et Monge. Côté Paris, Daguerre, Le Verrier, Fourier et Carnot.
Côté Grenelle, entre Cail et Giffard, on trouve Triger : l’ingénieur dont le procédé à air comprimé a servi aux fondations.
Les noms ont disparu sous la peinture au début du XXᵉ siècle. Ils ont été rétablis en 1986 et 1987.
Les soixante-douze sont tous des hommes. En mars 2025, la Ville de Paris, la société qui exploite la tour et l’association Femmes et sciences ont lancé le projet d’une seconde frise, identique à la première et placée juste au-dessus : soixante-douze noms de femmes scientifiques. La liste a été publiée en janvier 2026 et transmise aux académies pour validation.
Le deuxième étage10
Au-dessus du premier étage, les piliers continuent, plus minces et plus droits. Une poutre en treillis les relie deux à deux juste avant le deuxième plancher.
Ce plancher est à 115,73 mètres du sol. Il mesure 40,96 mètres de côté. Il est achevé le 14 août 1888. Les deux plates-formes servent alors de relais : on y hisse les pièces avant de les monter plus haut.
En septembre 1888, les ouvriers se mettent en grève. Ils travaillent neuf heures par jour en hiver, douze en été, et jugent leur paie trop faible pour le risque. Eiffel répond que le danger est le même à 200 mètres qu’à 50. Il accorde tout de même une augmentation. Trois mois plus tard, à la seconde grève, il refuse de négocier.
Pendant l’Exposition, le journal Le Figaro installe à cet étage un bureau et une presse, d’où sort une édition spéciale imprimée sur la tour.
On y trouve aujourd’hui le restaurant Le Jules Verne. Ses clients y montent par un ascenseur privé, dans le pilier sud.
La flèche11
Après le deuxième étage, les quatre piliers se resserrent jusqu’à n’en faire qu’un. Sur chaque face, les deux arêtes intérieures se rapprochent, se touchent, et une seule poutre continue au milieu.
Le chantier va plus vite à mesure qu’il monte. La tour avait gagné dix mètres par mois jusqu’au premier étage. Elle en gagne trente au-dessus du deuxième. Deux grues suffisent, accrochées aux montants des futurs ascenseurs.
Aucun ouvrier n’est mort au travail pendant la construction. Un homme, Angelo Scaglioti, s’est tué en tombant du premier étage, un jour où il ne travaillait pas.
La flèche bouge. Lors de la tempête de décembre 1999, le sommet s’est déplacé de 13 centimètres. Pendant la canicule de 1976, de 18 : le fer exposé au soleil se dilate, et le sommet s’écarte du côté chauffé. Eiffel avait prévu que la tour puisse supporter 70 centimètres.
À mi-hauteur, une petite plate-forme entoure la flèche. C’est là que les visiteurs de 1889 changeaient de cabine.
Le sommet12
Le 31 mars 1889, les ascenseurs ne marchent pas encore. Eiffel monte à pied, suivi d’officiels et de journalistes. Il y a 1 710 marches, et la montée prend plus d’une heure. La plupart s’arrêtent aux étages. À 14 h 35, Eiffel hisse un grand drapeau tricolore. Vingt-cinq coups de canon sont tirés du premier étage. Il reçoit la Légion d’honneur sur l’étroite plate-forme du sommet.
Le troisième étage est à 276,13 mètres. C’est une salle fermée, vitrée, de 18,65 mètres de côté. Quelques marches mènent à une plate-forme ouverte, à 279,11 mètres.
Au-dessus se trouve une petite pièce. On la présente comme le bureau d’Eiffel, où des mannequins de cire le montrent recevant Thomas Edison ; l’inventeur est bien venu, le 10 septembre 1889, et lui a offert un phonographe. La pièce a d’abord abrité le laboratoire de météorologie.
Quatre nervures de treillis se referment ensuite en campanile et portent la lanterne du phare.
En 1889, le drapeau flottait à 312 mètres. Un mât de télévision porte la tour à 320,75 mètres en 1957, une antenne à 324 mètres en 2000. Le 15 mars 2022, un hélicoptère dépose au sommet une nouvelle antenne de radio numérique. La tour mesure depuis 330 mètres.
Les ascenseurs13
Aucun ascenseur n’avait jamais affronté une telle hauteur. Et dans les piliers, la pente change en chemin.
En 1889, trois constructeurs se partagent la tour. Roux, Combaluzier et Lepape équipent les piliers est et ouest jusqu’au premier étage. L’Américain Otis monte jusqu’au deuxième dans les piliers nord et sud. Au-dessus, Léon Edoux installe une machine unique : une cabine poussée par un piston hydraulique de 81 mètres, une seconde cabine en contrepoids. On changeait de cabine à mi-course, par une passerelle.
Le public monte d’abord à pied, à partir du 15 mai 1889. Le premier ascenseur est mis en service le 26 mai.
En 1899, les ascenseurs des piliers est et ouest sont remplacés par des machines hydrauliques de Fives-Lille. Elles fonctionnent toujours. La cabine est portée par un chariot et tirée par des câbles sur 128 mètres de course. Au sous-sol, deux pistons déplacent un chariot qui, par un jeu de poulies, démultiplie le mouvement. Trois accumulateurs d’environ 200 tonnes chacun fournissaient l’eau sous pression. Depuis 1986, des moteurs à huile ont pris le relais, et deux des accumulateurs ne servent plus que de contrepoids.
Les ascenseurs Otis ont été démontés en 1910. Le pilier nord a reçu un ascenseur électrique en 1965, refait entre 2019 et 2024. Le pilier sud abrite l’ascenseur du restaurant et un monte-charge.
Du deuxième étage au sommet, deux batteries de deux doubles cabines ont remplacé la machine d’Edoux au début des années 1980. Ensemble, les ascenseurs de la tour parcourent 103 000 kilomètres par an, deux fois et demie le tour de la Terre. Il reste l’escalier : 1 665 marches du sol au sommet.
Sauvée par les ondes14
La concession prenait fin le 31 décembre 1909, et la tour pouvait alors être démontée. Eiffel le sait depuis le début. Il lui cherche un usage.
Ce sera pour tous un observatoire et un laboratoire tel qu’il n’en aura jamais été mis d’analogue à la disposition de la science.
Dès 1889, un laboratoire de météorologie est installé au sommet. De 1903 à 1905, Eiffel étudie la chute des corps avec un appareil qui glisse le long d’un câble tendu depuis le deuxième étage. En 1909, il fait construire une petite soufflerie au pied de la tour. Il y mène cinq mille essais jusqu’en décembre 1911.
C’est la radio qui décide. Le 5 novembre 1898, Eugène Ducretet établit une liaison de télégraphie sans fil entre le sommet et le Panthéon, à quatre kilomètres. En 1903, Eiffel propose la tour au capitaine Gustave Ferrié, chargé des applications militaires de la TSF, et finance ses essais. Ferrié s’installe dans une baraque de bois près du pilier sud. En 1909, une station souterraine de radiotélégraphie militaire est construite. La Ville de Paris renouvelle la concession le 1ᵉʳ janvier 1910.
En 1914, pendant la bataille de la Marne, le poste de la tour capte un message : le général von Marwitz, à l’aile droite allemande, manque de ravitaillement et arrête son avance. Le commandement français en tire une contre-attaque. Plus tard, d’autres messages déchiffrés mènent à l’arrestation de Mata Hari.
Un émetteur civil diffuse des programmes à partir de 1921, un « Journal parlé » dès 1925. La télévision arrive en 1935. Le 2 juin 1953, l’émetteur de la tour montre en direct à la France le couronnement de la reine d’Angleterre. La tour porte aujourd’hui 120 antennes, qui diffusent 30 chaînes de télévision et 32 stations de radio.
La peinture15
Le fer puddlé dure à condition d’être repeint.
On ne saurait trop se pénétrer du principe que la peinture est l’élément essentiel de la conservation d’un ouvrage métallique et que les soins qui y sont apportés sont la seule garantie de sa durée.
La tour a été repeinte vingt fois, soit une fois tous les sept ans en moyenne. Il y faut 60 tonnes de peinture pour 250 000 mètres carrés. Entre deux campagnes, l’érosion en emporte une quinzaine de tonnes. Le travail se fait encore à la main, à la brosse ronde, par des peintres retenus à des cordes : 55 kilomètres de lignes de vie.
On lui compte huit couleurs. Les pièces arrivent de l’atelier peintes en rouge Venise. En 1889, elles reçoivent une épaisse couche de brun rouge. La tour devient ocre brun en 1892, puis jaune en 1899, en cinq nuances, de l’orangé à la base au jaune clair au sommet. En 1907, Eiffel choisit un jaune brun, qui restera quarante-sept ans. Suivent un rouge brun en 1954, puis, en 1968, le « brun tour Eiffel », proche du bronze.
La vingtième campagne, commencée en 2019, a pour la première fois décapé une partie de la structure. Elle est revenue au jaune brun de 1907. C’est la couleur que la tour portait pendant les Jeux de 2024.
La peinture est appliquée en trois tons, du plus foncé en bas au plus clair en haut. De loin, sur le ciel, la tour paraît ainsi d’une seule couleur.
Les lumières16
En 1889, dix mille becs de gaz soulignent les arêtes et les plates-formes. Au sommet, un phare bleu, blanc et rouge passe pour le plus puissant du monde. Vers 1900, l’éclairage devient électrique : cinq mille ampoules dessinent les arêtes et les arcs.
De 1925 à 1936, André Citroën finance une publicité de 250 000 ampoules de couleur. Le nom de la marque, inscrit sur trois faces, se voit à quarante kilomètres.
En 1958, 1 290 projecteurs sont installés dans des fosses du Champ-de-Mars. Ils éclairent la tour du dehors.
L’éclairage actuel date du 31 décembre 1985. L’ingénieur Pierre Bideau place 336 projecteurs au sodium à l’intérieur même de la structure. Leurs faisceaux montent du bas vers le haut et font ressortir le treillis.
Le 31 décembre 1999, à minuit, la tour reçoit un phare et un scintillement. Le phare est fait de quatre projecteurs de marine. Ils forment deux faisceaux en croix, qui portent à 80 kilomètres. Le scintillement vient de 20 000 lampes de six watts, réparties sur les quatre faces, qui s’allument au hasard. Vingt-cinq alpinistes ont mis cinq mois à les poser, avec 40 kilomètres de guirlandes.
Le scintillement devait être provisoire. Démonté en juillet 2001, il est revenu le 21 juin 2003. Depuis 2008, il dure cinq minutes au début de chaque heure. Il consomme 8 800 kilowattheures par an, soit 0,4 % de l’électricité de la tour.
Au pied du pilier nord17
Le 4 février 1912, Franz Reichelt, tailleur parisien de 33 ans né en Autriche, saute du premier étage vêtu d’un costume-parachute de son invention. Les policiers attendaient un essai avec un mannequin. Il s’écrase au sol.
En 1925, l’escroc Victor Lustig aurait vendu la tour à un ferrailleur. Il aurait fabriqué de faux papiers à l’en-tête du ministère des Postes, réuni cinq marchands de métaux à l’hôtel de Crillon, fait visiter le monument, puis encaissé un acompte avant de fuir en Autriche. L’histoire a été racontée pour la première fois dans un livre paru en 1961, et l’absence de sources qui la prouvent a été relevée.
Le 2 mai 1929, un buste d’Eiffel par Antoine Bourdelle est inauguré au pied du pilier nord. L’ingénieur était mort le 27 décembre 1923. L’année suivante, la tour perd son record de hauteur.
En juin 1940, à l’arrivée des Allemands, les câbles des ascenseurs sont coupés. Pour hisser leur drapeau, les soldats doivent monter à pied. La tour reste fermée au public jusqu’à la fin de la guerre, et ses ascenseurs ne sont réparés qu’en 1946. Le 25 août 1944, le drapeau tricolore retrouve le sommet.
Près du pilier ouest, une cheminée de brique rouge date de la construction. Elle évacuait les fumées des machines à charbon qui actionnaient les ascenseurs.
Pièce par pièce18
La figure sépare ici la tour en ses parties : les fondations, les quatre piliers avec leurs socles, les arcs, le premier étage, les montants qui vont jusqu’au deuxième, le deuxième étage, la flèche et le sommet. Les ascenseurs des piliers restent à leur place.
Les hauteurs des étages, les dimensions du plan et celles des planchers sont celles des sources. Le dessin du treillis, panneau par panneau, vient des planches publiées par Eiffel et de photographies. La largeur de la tour entre les étages a été mesurée sur une élévation.
Aujourd’hui19
La tour appartient à la Ville de Paris. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2006, elle est exploitée par la Société d’exploitation de la tour Eiffel, dont la ville détient 60 %. Elle est inscrite aux monuments historiques depuis le 24 juin 1964. Depuis 1991, elle fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO, avec les rives de la Seine.
Les visiteurs ont mis longtemps à venir. Ils sont deux millions en 1889, puis de moins en moins nombreux. Le seuil des deux millions par an n’est retrouvé qu’en 1963, avec l’essor du tourisme international. Le trois cent millionième visiteur est passé le 28 septembre 2017. Les trois quarts viennent aujourd’hui de l’étranger.
Dans les années 1980, une grande rénovation a allégé la structure de 1 340 tonnes, refait les ascenseurs et les escaliers. En 2010, un modèle numérique de la tour a été réalisé pour simuler le vent, le gel, la neige et le poids des visiteurs.
Depuis 2018, le parvis est fermé par une enceinte : des parois de verre pare-balles sur deux côtés, une grille sur les deux autres. Pendant les Jeux de 2024, les anneaux olympiques ont été accrochés au niveau du premier étage, de juin à septembre.
La prochaine campagne de peinture est attendue vers 2030.