← Collection · Fig. 04La Joconde01 / 19 · Le tableauhuile sur peuplier · 79,4 × 53,4 cm

Survoler ou toucher une pièce pour l’examiner. Glisser pour tourner ; molette ou pincement pour zoomer ; double-clic ou double toucher pour séparer. Appui prolongé pour revenir au récit. Au clavier : flèches pour tourner, plus et moins pour zoomer, espace pour séparer, Échap pour revenir.

Vue du récit.
Pièces d’histoire

La Joconde · Florence, puis Paris

Un panneau de peuplierque son peintre n’a jamais rendu.

Commencée
octobre 1503
Dimensions
79,4 × 53,4 cm
Support
peuplier
Peintre
Léonard de Vinci

Sur le chevalet, une planche de peuplier haute de 79,4 centimètres et large de 53,4. Une femme y est peinte, assise de trois quarts, la main droite posée sur la gauche. Derrière elle, des chemins, de l’eau, un pont, des montagnes bleues.

Le Louvre l’inscrit à son catalogue sous le titre « Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, dit La Joconde ou Monna Lisa », numéro d’inventaire 779. Il date son exécution de 1503 à 1519, soit seize ans, de la première séance de pose à la mort du peintre.

Environ dix millions de personnes viennent la voir chaque année. Elles disposent d’une trentaine de secondes devant elle. Ce récit prend plus de temps. Il suit l’objet : la commande, le bois, les couches de peinture, puis les rois, un voleur, deux guerres et quelques jets de pierre.

La commande

Le portrait est commandé à Florence par Francesco del Giocondo, un marchand de drap et de soie. Il a deux raisons possibles de fêter l’année. Sa femme Lisa vient de lui donner un fils, Andrea. Et le 5 mars 1503, il achète une maison via della Stufa, où le ménage s’installe enfin chez lui.

Léonard se met au travail à l’automne. On le sait par une note. En octobre 1503, Agostino Vespucci, un fonctionnaire florentin, écrit dans la marge d’un livre que Léonard de Vinci travaille à un portrait de Lisa del Giocondo. La note est restée inconnue pendant cinq siècles. Un spécialiste de la bibliothèque de l’université de Heidelberg l’a trouvée en 2005. Elle confirme l’identité du modèle, longtemps discutée.

Francesco ne recevra jamais son tableau, et Léonard n’en sera jamais payé. En 1506, trois ans après la première séance, le peintre le considère toujours comme inachevé.

Le peintre

Léonard est né le 15 avril 1452 à Vinci ou tout près, en Toscane. Il est le fils illégitime d’un notaire florentin, Ser Piero, et d’une femme de condition modeste, Caterina. Vers quatorze ans, il entre dans l’atelier d’Andrea del Verrocchio, à Florence. En 1472, il est inscrit comme maître à la guilde de Saint-Luc.

En 1482, il part offrir ses services à Ludovic Sforza, duc de Milan, et y reste dix-sept ans. Il y peint la Vierge aux rochers et la Cène, sur le mur du réfectoire de Santa Maria delle Grazie. Il y prépare aussi un cheval de bronze géant, dont le métal finit en canons.

Les Français chassent Sforza. Léonard passe par Venise, revient à Florence en 1500, puis suit César Borgia comme architecte et ingénieur militaire en 1502. Au début de 1503, il est de retour à Florence. Il a cinquante ans passés. En octobre, il se réinscrit à la guilde de Saint-Luc et commence le portrait de Lisa. Peu après, la ville lui confie une grande peinture murale, la Bataille d’Anghiari, dont Michel-Ange doit peindre le pendant. Elle l’occupe deux ans.

Il est gaucher. Un biographe florentin du XVIᵉ siècle, qu’on appelle l’Anonimo Gaddiano, le décrit vêtu d’une tunique rose qui s’arrête au genou, quand la mode est aux habits longs. Ses cheveux, bouclés et soignés, lui tombent au milieu de la poitrine.

Lisa

Lisa Gherardini naît à Florence le 15 juin 1479. Sa famille est ancienne et noble, mais elle a perdu l’essentiel de son influence. Lisa est l’aînée de sept enfants. Sa dot n’est pas une somme d’argent : c’est une ferme, San Silvestro.

Le 5 mars 1495, à quinze ans, elle épouse Francesco del Giocondo, qui en a vingt-neuf et dont elle est la seconde femme. Elle met au monde six enfants entre 1496 et 1502 : Piero, Piera, Camilla, Marietta, Andrea et Giocondo. Deux d’entre eux meurent en bas âge. Elle a vingt-quatre ans quand elle pose.

« Mona » est la contraction de « ma donna », madame. « Gioconda » est le féminin du nom de son mari, et le mot veut aussi dire joyeuse. Les Français en ont fait « la Joconde ». Le titre anglais, « Mona Lisa », vient de Vasari, qui écrit que Léonard entreprit pour Francesco del Giocondo le portrait de « Mona Lisa, sa femme ». L’italien écrit « Monna », avec deux n.

Giorgio Vasari, qui publie sa vie de Léonard en 1550, raconte que le peintre faisait jouer et chanter des musiciens pendant la pose, et gardait des bouffons auprès d’elle, pour chasser la mélancolie que la peinture donne souvent aux portraits. Vasari écrit près d’un demi-siècle après les séances.

Francesco meurt vers 1538. Son testament, rédigé en juin 1537, rend à Lisa sa dot et parle de « l’affection et l’amour » qu’il lui porte. Malade, elle est conduite par sa fille, sœur Ludovica, au couvent de Sant’Orsola. Elle y meurt le 14 juillet 1542, à soixante-trois ans.

Le panneau

Retourné, le tableau montre son bois. C’est une fine planche de peuplier. Rien ne la contraignait à l’origine, et elle a suivi l’humidité de l’air pendant des siècles. Elle s’est gauchie.

Une fente s’est ouverte près du bord supérieur. Elle descend jusqu’à la naissance des cheveux. Entre le milieu du XVIIIᵉ siècle et le début du XIXᵉ, un restaurateur l’a arrêtée en incrustant au dos deux pièces de noyer en forme de papillon, enfoncées sur un tiers de l’épaisseur. Celle du haut est tombée, entre 1888 et 1905, ou peut-être pendant le vol de 1911.

En 1951, on a fixé derrière le panneau un cadre de chêne souple, qui le tient sans le forcer à plat. Ses traverses étaient en hêtre. Des insectes s’y sont mis, et l’érable a remplacé le hêtre en 1970. Le sycomore a remplacé l’érable en 2004 et 2005. On a ajouté alors une traverse de métal qui mesure le gauchissement.

Les couches

La peinture tient en quatre étages, que la figure sépare ici.

Sur le bois, Léonard étend d’abord une préparation de blanc de plomb et d’huile. En 2023, une équipe menée par Victor Gonzalez, chimiste au CNRS, a analysé un prélèvement minuscule de cette couche par diffraction de rayons X. Elle y a trouvé de la plumbonacrite, un composé rare. On ne l’avait jamais relevé dans une peinture de la Renaissance italienne ; on le connaissait chez Rembrandt, au XVIIᵉ siècle. Sa présence indique que Léonard chauffait son huile avec de l’oxyde de plomb, ce qui la rend plus épaisse et plus rapide à sécher.

Vient ensuite le dessin. Une étude publiée en 2020 y a relevé des traces de spolvero : un carton percé de petits trous, à travers lesquels on tamponne du charbon pour reporter les contours.

Puis la couleur des chairs. En octobre 2004, le tableau a été photographié par une caméra multispectrale. L’analyse y lit, en sous-couche du visage, 99 % de blanc de plomb pour 1 % de vermillon, et de la terre d’ombre dans la couche du dessus.

Le modelé vient en dernier. Il est fait de glacis, des couches translucides qui contiennent très peu de pigment. En 2010, le laboratoire des musées de France les a mesurées par fluorescence X sur sept tableaux de Léonard, sans rien prélever. Chacune fait un à deux micromètres. Leur empilement ne dépasse pas trente à quarante micromètres, moins que l’épaisseur d’un cheveu.

Le sfumato

« Sfumato » veut dire estompé. Le mot désigne cette manière de fondre les contours, que Léonard voulait « sans lignes ni contours, à la façon de la fumée ».

Le visage ne porte aucun trait. Le coin des lèvres et celui des yeux se perdent dans l’ombre. À un ou deux micromètres par couche, une ombre demande des dizaines de passages.

Un vernis a été posé sur l’ensemble au XVIᵉ siècle. Il a jauni et s’est craquelé, et le tableau avec lui.

Une copie permet de s’en faire une idée. Le musée du Prado, à Madrid, possède depuis 1819 une Joconde peinte sur noyer dans l’atelier de Léonard, sans doute par un de ses élèves, Salaì ou Francesco Melzi. Un repeint noir, posé après 1750, en cachait le fond. Il a été retiré en 2011 et 2012. Le paysage est apparu. Mieux conservée que l’original, cette copie est la plus ancienne que l’on connaisse, et elle garde des couleurs plus proches de celles de l’atelier.

Le sourire

Vasari, déjà, décrit une femme qui sourit, et Lomazzo après lui. Depuis, on se demande pourquoi ce sourire paraît changer.

En 2003, la chercheuse Margaret Livingstone a proposé une réponse qui tient à l’œil autant qu’au tableau. Le sourire est peint dans les ombres douces autour de la bouche. Le centre de la rétine, fait pour le détail, le saisit mal. Quand on fixe la bouche, le sourire s’efface. Il revient dès qu’on regarde ailleurs, les yeux par exemple.

Le regard

Elle n’a ni cils ni sourcils visibles. Vasari, pourtant, décrit ses sourcils en détail.

On a longtemps avancé une explication de mode : les Florentines de ce temps s’épilaient. En 2007, Pascal Cotte, de la société Lumière Technology, qui avait photographié le tableau avec une caméra multispectrale, a soutenu autre chose. D’après ses images, cils et sourcils ont bien été peints. Ils auraient disparu peu à peu, peut-être sous l’effet de nettoyages trop appuyés.

Le plus sévère de ces nettoyages est connu. En 1809, Jean-Marie Hooghstoel dévernit et revernit le tableau. C’est la première intervention consignée, et la plus étendue : le visage en sort délavé. En 1906, Eugène Denizard pose des retouches à l’aquarelle. En 1913, au retour du vol, il nettoie encore le tableau, sans solvant cette fois.

Les images de Cotte montrent aussi, sous la surface, un état antérieur du portrait, avec des épingles à cheveux et une coiffe de perles que Léonard a ensuite recouvertes.

Les mains

Elle est assise très droite dans un fauteuil dit « pozzetto ». Son bras gauche repose sur l’accoudoir. Sa main droite vient se poser sur la gauche.

Le geste remplace un bijou. Lisa ne porte pas de bague. Pour dire qu’elle est une épouse vertueuse, Léonard a choisi cette pose des mains plutôt qu’une alliance.

Vers 1505, Raphaël en tire un dessin à la plume, où la jeune femme est encadrée de deux colonnes. Plusieurs copies anciennes les montrent aussi. Sur le tableau du Louvre, il n’en reste que les bases sombres, de part et d’autre, au bord du parapet : Lisa est assise dans une loggia ouverte.

Le paysage

Derrière la loggia, le terrain descend vers une eau, puis remonte en montagnes glacées. Un chemin serpente à gauche. À droite, un pont de pierre enjambe une rivière.

C’est l’un des premiers portraits italiens à placer son modèle devant un paysage imaginaire. Léonard y applique ce qu’il a observé de l’air : plus un objet est loin, plus il paraît bleu, pâle et flou. On appelle cela la perspective aérienne, et il est l’un des premiers peintres à s’en servir.

Il a aussi déplacé l’horizon. Dans un portrait antérieur, celui de Ginevra de’ Benci, il le plaçait à la hauteur du cou. Ici, il le monte à la hauteur des yeux, ce qui lie le visage au lointain.

Certains chercheurs tiennent malgré tout ce paysage pour réel et cherchent le pont. L’historien Silvano Vinceti y reconnaît le pont Romito, à Laterina, près d’Arezzo. En 2024, une géologue a proposé une autre lecture du site. La question reste ouverte.

Seize ans

Le tableau ne quitte plus Léonard. En 1506, le gouverneur français de Milan, Charles d’Amboise, l’appelle auprès de lui. En septembre 1513, Léonard s’installe à Rome, au Belvédère du Vatican, sous la protection de Julien de Médicis.

François Iᵉʳ reprend Milan en octobre 1515. L’année suivante, il invite Léonard en France, lui verse une pension et met à sa disposition le manoir du Clos Lucé, près du château d’Amboise. Le portrait fait sans doute le voyage dans ses bagages.

En octobre 1517, le cardinal Louis d’Aragon rend visite au vieux peintre. Sa main droite est paralysée. Il montre ses tableaux à ses visiteurs.

Léonard meurt au Clos Lucé le 2 mai 1519, à soixante-sept ans. Il est enterré le 12 août dans la collégiale Saint-Florentin du château d’Amboise. Francesco Melzi est son principal héritier.

Combien de temps y a-t-il travaillé ? Vasari écrit qu’il s’y attarda quatre ans et le laissa inachevé. Le Louvre a longtemps retenu les années 1503 à 1506. L’historienne Carmen Bambach conclut qu’il l’a probablement retouché jusqu’en 1516 ou 1517, tant que sa main le lui a permis.

Le chemin du tableau jusqu’au roi n’est pas entièrement connu. À sa mort, en 1524, Salaì, l’élève de Léonard, possède un portrait appelé « la Gioconda ». Mais en 1518, François Iᵉʳ lui a fait verser 2 604 livres pour des peintures. Le Louvre juge très probable que la Joconde en faisait partie.

Chez les rois

Le portrait entre dans la collection royale et y reste près de trois siècles. Il est d’abord au château de Fontainebleau. Louis XIV le fait porter à Versailles, où il demeure jusqu’à la Révolution.

Les collections du roi deviennent celles de la nation. La Joconde est exposée au Louvre à partir de 1797. En 1801, Bonaparte la fait accrocher aux Tuileries ; elle revient au musée l’année suivante.

Pendant la guerre de 1870, on la met à l’abri à l’arsenal de Brest.

Elle est alors un chef-d’œuvre parmi ceux du musée. D’après le Louvre, c’est le vol de 1911 qui lui a donné sa célébrité mondiale.

La renommée

Jusqu’au XXᵉ siècle, la Joconde est un tableau très estimé parmi beaucoup d’autres. Hors du monde de l’art, on la connaît peu.

Les choses changent dans les années 1860. Une partie des écrivains français se met à la célébrer comme le chef-d’œuvre de la Renaissance, et à voir en elle une femme fatale. En 1859, Théophile Gautier en fait un sphinx de beauté au sourire mystérieux. En 1869, l’Anglais Walter Pater écrit qu’elle est « plus vieille que les rochers parmi lesquels elle est assise ».

Les guides suivent. En 1878, le Baedeker la désigne comme l’œuvre la plus célèbre de Léonard au Louvre. En 1910, un magazine américain, le Ladies’ Home Journal, la déclare portrait le plus célèbre du monde.

En 1909, une collectionneuse, la comtesse de Béhague, offre au tableau le cadre qu’il porte toujours : un cadre ancien, de la Renaissance. Deux ans plus tard, il reste seul dans un escalier.

Le vol

Vincenzo Peruggia est né en 1881 à Dumenza, en Lombardie. Arrivé à Paris en 1908, il a travaillé un temps au Louvre, à nettoyer et à mettre sous verre des tableaux. Il a probablement aidé à fabriquer la boîte vitrée de la Joconde.

Le lundi 21 août 1911, le musée est fermé au public. Vers sept heures, Peruggia entre par la porte du personnel, en blouse blanche. Dans le Salon Carré, il décroche le tableau de ses quatre pitons et l’emporte dans un escalier de service. Il y retire la boîte et le cadre, qu’il cache derrière des travaux d’élèves. Un plombier, qui le prend pour un employé, lui ouvre la porte de sortie.

Personne ne s’aperçoit de rien avant le lendemain. C’est un peintre, Louis Béroud, venu travailler dans le Salon Carré, qui signale le vide. Le Louvre ferme une semaine. À sa réouverture, la foule vient regarder le mur vide. La police interroge Peruggia deux fois en septembre, sans le soupçonner. L’empreinte de son pouce est pourtant sur la vitre, et ses empreintes sont déjà au fichier. Le poète Guillaume Apollinaire est arrêté et emprisonné, à cause d’une autre affaire de vol au musée. Il met en cause Pablo Picasso, que l’on interroge. Tous deux sont mis hors de cause.

Peruggia garde le panneau deux ans dans une malle, dans sa chambre parisienne. À la fin de 1913, il prend contact avec Alfredo Geri, un marchand d’art de Florence, sous le nom de « Leonardo V. ». Il lui montre le tableau le 10 décembre. Geri fait venir Giovanni Poggi, le directeur des Offices, qui l’authentifie. La police arrête Peruggia à son hôtel le 12.

Il dit avoir voulu rendre à l’Italie une œuvre volée par Napoléon. On en doute : il avait d’abord cherché à la vendre à Londres. Le tribunal lui accorde des circonstances atténuantes et le condamne à un an et quinze jours de prison. Il en fait sept mois.

Une autre version a circulé. En 1932, le journaliste américain Karl Decker a raconté qu’un certain Eduardo de Valfierno lui avait confié avoir organisé le vol, pour vendre à des collectionneurs six copies exécutées par le faussaire Yves Chaudron. Rien n’est venu la confirmer.

Le tableau est exposé plus de deux semaines aux Offices, remis à l’ambassadeur de France à Rome le 19 décembre, et retrouve le Louvre le 4 janvier 1914.

Les coups et les voyages

Le 28 août 1939, quelques jours avant la guerre, la Joconde quitte le Louvre. Elle passe par le château d’Amboise, l’abbaye de Loc-Dieu et le château de Chambord, puis par le musée Ingres de Montauban. Elle échappe au pillage.

Le 30 décembre 1956, un Bolivien, Ugo Ungaza Villegas, lui lance une pierre. La vitre éclate. Un fragment de peinture saute près du coude gauche : c’est l’endroit que montre la figure. Depuis, le tableau est derrière un verre pare-balles.

De décembre 1962 à mars 1963, elle traverse l’Atlantique à bord du paquebot France. On l’assure pour 100 millions de dollars, un record. Elle est dévoilée à la National Gallery de Washington le 8 janvier 1963, puis montrée à New York. Environ 1,7 million de personnes font la queue pour la voir une vingtaine de secondes. Au Metropolitan Museum, un extincteur automatique défectueux manque de l’arroser.

En 1974, elle part pour Tokyo et Moscou. Le 21 avril, à Tokyo, une femme projette de la peinture rouge vers elle, pour protester contre l’accueil réservé aux visiteurs handicapés.

Le verre a tout arrêté depuis : une tasse de céramique le 2 août 2009, un gâteau le 29 mai 2022, de la soupe le 28 janvier 2024.

Les copies et les moustaches

On l’a copiée dès l’atelier. La Joconde du Prado en sort. Le musée de l’Ermitage en possède une autre, d’un peintre inconnu du XVIᵉ siècle.

Une troisième divise les spécialistes. Achetée par un noble anglais en 1778, retrouvée en 1913 par le collectionneur Hugh Blaker, elle a été présentée en 2012 par la Mona Lisa Foundation comme une œuvre de Léonard. On l’appelle la Joconde d’Isleworth. Frank Zöllner, Martin Kemp et Luke Syson refusent l’attribution. D’autres chercheurs la soutiennent.

Puis sont venus ceux qui s’en amusent. Dès 1883, Eugène Bataille la dessine fumant la pipe. En 1919, Marcel Duchamp prend une reproduction bon marché, lui ajoute une moustache et un bouc, et l’intitule L.H.O.O.Q., cinq lettres qu’il faut lire à voix haute. Salvador Dalí se peint en Joconde en 1954. Après le voyage américain de 1963, Andy Warhol la répète trente fois sur une même toile et l’appelle Thirty Are Better than One.

La liste ne s’arrête pas. En 2024, à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, des personnages de dessin animé la volent une fois de plus.

La salle des États

Depuis le 6 avril 2005, la Joconde est accrochée dans la salle des États, face aux Noces de Cana de Véronèse. La chaîne japonaise Nippon Television a financé la rénovation de la salle. Sa vitrine tient l’air autour du bois entre 18 et 21 °C, avec une humidité de 50 %. Un lit de gel de silice règle l’humidité. Une lampe à diodes de vingt watts, conçue pour elle, l’éclaire depuis 2013.

En 2019, le musée a mis en place une file d’attente organisée, qui a raccourci l’attente. Henri Loyrette, qui a dirigé le musée, estimait que quatre visiteurs sur cinq ne viennent que pour elle. Le Louvre a reçu près de neuf millions de personnes en 2024. Sa pyramide avait été prévue pour quatre millions.

Le 28 janvier 2025, devant le tableau, le président de la République a annoncé un plan nommé « Louvre Nouvelle Renaissance ». Il prévoit une nouvelle entrée du côté de la colonnade de Perrault, au plus tard en 2031, et un espace réservé à la Joconde, accessible séparément du reste du musée, avec son propre billet.

Seule

La voici sans vitrine, sans cadre et sans foule.

Lisa Gherardini n’a jamais eu ce portrait chez elle.