Le Colisée · Rome, Italie
Un amphithéâtre de pierrebâti sur le lac d’un empereur.
- Inauguré
- 80 apr. J.-C.
- Plan
- 189 × 156 m
- Hauteur
- 48 m
- Arcades
- 80 par étage
Au centre de Rome, un ovale de pierre de 189 mètres sur 156. Son mur extérieur monte à 48 mètres. Il n’en reste que le côté nord. Au sud, le mur est tombé, et l’on voit l’anneau qui se trouvait derrière.
Les Romains l’appelaient simplement « l’amphithéâtre ». Le nom d’amphithéâtre flavien est venu plus tard, d’après la dynastie qui l’a bâti. Celui de Colisée vient d’une statue : le colosse de Néron, que l’empereur Hadrien avait fait déplacer à côté. Le mot est en usage vers l’an 1000.
Un vers du VIIIᵉ siècle, qu’on attribue au Pseudo-Bède, dit : « Tant que tiendra le Colisée, Rome tiendra. » Il parlait à l’origine de la statue. On l’a ensuite appliqué au bâtiment.
Il a servi d’amphithéâtre pendant plus de quatre siècles, puis de forteresse, de cimetière, de carrière et de chapelle. Il reçoit aujourd’hui des millions de visiteurs : 7,6 millions par an selon une source, et plus de douze millions en 2023 si l’on compte le billet commun avec le Forum et le Palatin.
Le lac de Néron01
En 64, un incendie détruit une grande partie de Rome. L’empereur Néron en profite pour s’approprier le centre de la ville et y construire son palais, la Maison dorée. Dans le creux de cette vallée, il fait aménager un lac artificiel.
Après Néron, le pouvoir passe à Vespasien, premier empereur de la dynastie des Flaviens.
Il fait combler le lac et y pose un édifice public. Le choix du lieu est un geste : rendre au peuple un terrain que Néron lui avait pris. Le chantier commence entre 70 et 72.
Du palais de Néron, il garde une pièce : le colosse. C’est une statue de bronze d’environ trente mètres, œuvre du Grec Zénodore, dressée entre 64 et 68 dans le vestibule de la Maison dorée. Vespasien lui fait ajouter une couronne de rayons et la rebaptise Colosse du Soleil.
Vers 128, l’empereur Hadrien veut la place pour son temple de Vénus et de Rome. Il fait déplacer la statue au nord-ouest de l’amphithéâtre ; il y faut vingt-quatre éléphants. Plus tard, Commode remplace la tête par la sienne, en Hercule. On la remet après sa mort.
La dernière mention sûre du colosse date de 354. Il est sans doute tombé lors d’un séisme du Vᵉ siècle, ou pendant le sac de Rome en 410, et son métal a été récupéré. Le socle de brique est resté jusqu’en 1936, quand Mussolini l’a fait raser. Ses fondations, fouillées en 1986, se visitent.
Les fondations forment une plate-forme d’environ treize mètres d’épaisseur, ceinte d’un mur de brique. Au-dessus, les piliers et les arcs sont en travertin, les murs entre les piliers en tuf pour les deux premiers niveaux, les voûtes en béton romain.
Le chantier02
L’argent vient de Judée. En 70, l’armée romaine prend Jérusalem et pille son Temple. Une inscription du Colisée, dont Géza Alföldy a reconstitué le texte, dit que l’empereur Vespasien a ordonné d’édifier ce nouvel amphithéâtre « sur sa propre part de butin ».
Trente mille prisonniers juifs sont emmenés à Rome après la guerre. On a souvent écrit qu’ils avaient bâti le monument. Rien ne le prouve, et c’est peu probable. On sait en revanche que des captifs de cette guerre ont été envoyés dans les écoles de gladiateurs, et que ceux qu’elles refusaient finissaient dans l’arène comme condamnés.
Le bâtiment contient environ 250 000 tonnes de pierre, dont près de 100 000 mètres cubes de travertin. Les blocs sont posés sans mortier. Ils tiennent par des agrafes de fer : trois cents tonnes en tout.
À la mort de Vespasien, en 79, les murs atteignent le troisième étage. Titus achève le niveau supérieur et inaugure le bâtiment en 80. Son frère Domitien, qui lui succède, ajoute une galerie au sommet et fait creuser les souterrains. Le gros œuvre a pris moins de dix ans.
La façade03
La façade empile quatre niveaux, que la figure écarte ici. Les trois premiers sont des arcades : quatre-vingts arcs par étage, portés par des piliers de travertin. Au rez-de-chaussée, chaque arc mesure 7,05 mètres de haut pour 4,20 de large. Aux étages, 6,45 mètres.
Un relevé du XVIIIᵉ siècle donne leurs hauteurs en palmes romains : 42 pour le premier ordre, 54 pour le deuxième, 54 pour le troisième, 64 pour l’attique, et 6 pour le couronnement où s’ancraient les mâts. À 22 centimètres le palme, cela fait un peu plus de neuf mètres, puis douze, douze et quatorze.
Contre chaque pilier s’appuie une demi-colonne, et l’ordre change à chaque étage : toscan en bas, ionique au milieu, corinthien en haut. Aux deuxième et troisième niveaux, chaque arc abritait une statue.
Le quatrième niveau est un mur plein, l’attique. Des pilastres corinthiens le divisent en quatre-vingts panneaux, et quarante petites fenêtres l’éclairent, une travée sur deux.
Les quatre-vingts arcs du rez-de-chaussée sont des entrées. Soixante-seize, destinées au public, portent un numéro gravé sur la clé de l’arc et peint en rouge à l’origine. Les escaliers étaient numérotés eux aussi. Les quatre arcs placés sur les axes n’en ont pas. Celui du nord était réservé à l’empereur et à sa suite, les trois autres sans doute aux notables.
De l’anneau extérieur, il reste trente et un arcs intacts, numérotés de XXIII à LIV.
Le velarium04
La figure remet ici ce qui manque : l’anneau extérieur entier, en pâle, et la toile qui le coiffait.
En haut de l’attique, 240 consoles de pierre sortent du mur, trois par travée. Chacune portait un mât. À ces mâts était tendu le velarium, un auvent de toile que l’on pouvait replier. Il couvrait environ les deux tiers de l’arène et mettait les gradins à l’ombre.
Sa manœuvre demandait des gens de mer. La tradition veut qu’on ait fait venir pour cela des marins de la flotte de Misène, logés dans une caserne voisine, les Castra Misenatium. Une source avance le chiffre de deux mille hommes. La précision est discutée.
De hautes bornes de pierre entouraient le bâtiment, à dix-huit mètres du mur. Cinq sont encore debout du côté est. On a longtemps cru qu’elles servaient à ancrer les cordages de la toile. Des fouilles récentes ont montré qu’elles n’ont pas de fondations, et l’hypothèse a été abandonnée.
Les consoles sont réelles. La forme de la toile, elle, est une hypothèse : aucun velarium n’a été conservé.
Les gradins05
Un calendrier de l’an 354 donne au Colisée 87 000 places. Les estimations modernes tournent autour de 50 000.
On s’y asseyait selon son rang. Au plus près de l’arène, sur une plate-forme appelée podium, les sénateurs. On lit encore, gravés dans la pierre, les noms de sénateurs du Vᵉ siècle. Deux loges occupaient les extrémités du petit axe, l’une pour l’empereur, l’autre pour les Vestales.
Au-dessus, le premier étage de gradins, le « maenianum primum », revenait aux chevaliers. Le second se divisait en deux : le bas pour les citoyens aisés, le haut pour les plus modestes. Tout en haut, Domitien fit ajouter une galerie de bois pour les pauvres, les esclaves et les femmes.
Les gradins se comptent. Le premier étage avait une vingtaine de marches de marbre, le deuxième seize environ. La galerie du sommet en avait onze, en bois, sous une colonnade. Le podium, lui, dominait l’arène d’à peu près quatre mètres.
La foule entrait et sortait par les « vomitoires », des couloirs qui débouchent au milieu des gradins. Avec quatre-vingts entrées et des escaliers numérotés, ils permettaient de remplir et de vider l’édifice rapidement.
Il ne reste presque rien des sièges. Ce que l’on voit aujourd’hui, ce sont les murs rayonnants qui portaient les voûtes, et par endroits la voûte elle-même.
L’arène06
Le mot « arène » veut dire sable. Le sol était un plancher de bois couvert de sable, « harena » en latin. L’ovale mesure environ 83 mètres sur 48. Un mur de cinq mètres le séparait des premiers rangs.
La journée suivait un ordre. Le matin, la chasse, la « venatio » : des hommes affrontaient des bêtes venues de tout l’empire, lions, éléphants, ours, tigres, léopards, hippopotames, crocodiles, girafes, autruches. Certaines étaient dressées à faire des tours plutôt qu’à se battre. On ne montrait pas de loups, animaux sacrés pour les Romains.
Venaient ensuite les exécutions. Les condamnés de basse condition étaient brûlés, crucifiés ou livrés seuls aux bêtes. L’après-midi était réservé aux gladiateurs.
La chasse est plus ancienne que le bâtiment. Marcus Fulvius Nobilior l’introduit à Rome au retour de sa campagne de Grèce, avec des lions et des panthères. On la donne d’abord au Forum, aux Saepta, au Circus Maximus, où rien ne protège le public : il faut creuser des fossés et dresser des barrières. Jules César fait venir quatre cents lions, surtout d’Afrique du Nord et de Syrie. L’amphithéâtre, avec son mur de cinq mètres, règle la question.
Le plancher antique a disparu. Celui que l’on voit à l’extrémité est a été posé à l’époque moderne. Une passerelle le relie à l’autre bout de l’arène, par-dessus les souterrains.
Un nouveau plancher est en projet. Un concours est lancé en décembre 2020. Le 2 mai 2021, le ministre de la Culture, Dario Franceschini, annonce le lauréat : le bureau d’études Milan Ingegneria, avec l’agence Labics et l’architecte Fabio Fumagalli. Le budget est de 18,5 millions d’euros.
Leur plate-forme se pose au niveau de l’arène des Flaviens, sur les murs anciens, sans aucun ancrage : on peut la retirer. Elle est faite de panneaux de fibre de carbone habillés de bois, qui pivotent et coulissent pour laisser voir et respirer les souterrains. Vingt-quatre appareils de ventilation et une récupération des eaux de pluie complètent le dispositif. L’historien de l’art Tomaso Montanari a jugé le projet « très mauvais ».
Il devait être achevé en 2023. Il ne l’est pas. En mai 2026, le directeur du parc archéologique a indiqué que le projet devait être en partie revu à cause des risques liés aux pluies. « Nous étudions encore, dit-il, la façon dont fonctionnait le système parfait d’évacuation des eaux conçu par les Romains. »
Les gladiateurs07
Les gladiateurs étaient des prisonniers de guerre, des esclaves condamnés à l’arène, et des volontaires payés, les « auctorati ». Ces derniers formaient peut-être la moitié de l’effectif, et sans doute la meilleure.
Tous prêtaient le même serment. Pétrone le cite : accepter d’être brûlé, enchaîné, battu et tué par le fer. Ils s’entraînaient dans des écoles, les « ludi », tenues par un « lanista », sans armes tranchantes. La plus grande, le Ludus Magnus, voisine du Colisée, logeait jusqu’à deux mille hommes.
On les opposait par types. Le rétiaire, armé d’un filet, d’un trident et d’un poignard, protégé seulement au bras et à l’épaule gauches, affrontait le « secutor », casqué. Un arbitre, la « summa rudis », et son assistant, munis de longs bâtons, pouvaient arrêter le combat ou accorder une pause. Des trompettes sonnaient pendant les coups.
Les premiers types portaient le nom des ennemis de Rome : le Samnite, le Thrace, le Gaulois. Le Samnite est devenu le « secutor », le Gaulois le « murmillo ». La plus ancienne école dont on connaisse le nom est celle d’Aurelius Scaurus, à Capoue, vers 105 avant notre ère. Dans une école, les hommes montaient en grade, de « palus » en « palus », jusqu’au « primus palus ».
Sous l’Empire, épargner le vaincu devient l’usage : c’est la « missio ». Les combats sans grâce possible sont officiellement interdits dès Auguste.
Un combat durait de dix à quinze minutes, vingt au plus. Un gladiateur se battait deux ou trois fois par an. Le vaincu levait un doigt pour demander grâce. La foule pesait sur la décision, et celui qui offrait les jeux tranchait. Les textes parlent bien d’un geste du pouce, « pollice verso », mais trop vaguement pour qu’on sache lequel.
Les chances de survie se laissent estimer. L’historien Georges Ville, à partir d’épitaphes du Iᵉʳ siècle, estime que dix-neuf combattants sur cent y laissaient la vie, et que l’âge moyen au décès était de vingt-sept ans. Peu survivaient à plus de dix combats. Le vainqueur recevait une palme et une prime. La liberté se donnait sous la forme d’une épée de bois, la « rudis ».
Pour le vaincu, le risque d’être mis à mort passe d’environ un sur cinq au début de l’Empire à un sur quatre plus tard. Les historiens Hopkins et Beard avancent, avec prudence, le chiffre de huit mille morts par an dans les quelque quatre cents arènes de l’Empire.
Le spectacle coûtait cher, et de plus en plus. En 177, Marc Aurèle plafonne à douze mille sesterces la prime de rengagement des volontaires les plus habiles. La mesure n’arrête pas la hausse.
Des femmes ont combattu, rarement, à partir des années 60. Septime Sévère l’interdit probablement en 200.
Les souterrains08
Sous le plancher, Domitien fait aménager deux niveaux de galeries et de cages : l’hypogée. On y compte quinze couloirs. Les archéologues y ont distingué au moins douze phases de travaux.
C’est la machinerie du spectacle. La partie cachée mesurait environ 76 mètres sur 44, sur deux étages. Quatre-vingts puits verticaux débouchaient dans l’arène par des trappes. De grandes plates-formes à charnières, les « hegmata », servaient aux animaux trop gros, comme les éléphants.
L’archéologue Heinz-Jürgen Beste, de l’Institut archéologique allemand de Rome, commence à relever ces murs en 1996 et y consacre l’essentiel des quatorze années suivantes. « J’ai compris pourquoi ce site n’avait jamais été analysé correctement, dit-il. Sa complexité était proprement effrayante. » Les murs sont un assemblage de dalles de travertin, de blocs de tuf et de brique. Il y distingue quatre grandes phases de construction, sur près de quatre siècles d’usage.
Il lit la machine dans ses traces : des entailles en demi-cercle pour laisser tourner les barres des cabestans, des rainures verticales pour guider les cages, des trous dans le sol garnis de colliers de bronze pour les axes. Au plus fort de son activité, conclut-il, l’hypogée abritait soixante cabestans hauts de deux étages, chacun tourné par quatre hommes à chaque niveau. Quarante levaient des cages d’animaux. Vingt levaient des décors, sur des plates-formes articulées d’environ 3,60 mètres sur 4,50. Vingt-huit petites plates-formes, d’un mètre de côté, s’ouvraient au bord de l’arène. La figure les place le long du mur courbe.
Des tunnels partaient vers l’extérieur. L’un rejoignait, à l’est, le Ludus Magnus, la grande école de gladiateurs. D’autres, séparés, étaient réservés à l’empereur et aux Vestales.
Tout un quartier travaillait pour l’amphithéâtre. Les textes en nomment les bâtiments : le Ludus Matutinus, l’Armamentarium, le Summum Choragium, le Sanitarium et le Spoliarium.
Au début du XIXᵉ siècle, le fond des souterrains était sous douze mètres de terre. Les fouilles de 1813 et de 1874 s’arrêtent quand la nappe d’eau envahit les tranchées. Tout est dégagé dans les années 1930, sous Mussolini. Après une rénovation de 1,4 million de dollars, les souterrains ouvrent au public en octobre 2010.
Cent jours de jeux09
Titus inaugure l’amphithéâtre en 80 par des jeux qui durent plus de cent jours. Le poète Martial en donne le récit le plus détaillé, dans son Livre des spectacles.
L’historien Dion Cassius compte plus de neuf mille bêtes tuées. Suétone en donne cinq mille pour une seule journée. On voit des éléphants, des lions, des léopards, des ours, un tigre, un rhinocéros. Dion note que des femmes, sans rang particulier, tuent une partie des animaux.
Des condamnés sont mis à mort dans des tableaux tirés des mythes. L’un joue Orphée et meurt sous un ours. Un autre est crucifié dans une reprise du mime de Lauréolus.
Martial raconte aussi un combat. Deux gladiateurs, Priscus et Verus, luttent si longtemps et si également que Titus les déclare tous deux vainqueurs. Chacun reçoit l’épée de bois et la palme, c’est-à-dire la liberté.
Dion affirme que l’empereur fit remplir l’arène d’eau pour une bataille navale entre Corcyréens et Corinthiens. Suétone situe ce spectacle sur un autre bassin. La question reste discutée. Beste a relevé des canaux d’évacuation qui, selon lui, vidaient l’arène après qu’on l’avait remplie depuis un aqueduc voisin : on retirait le plancher et ses supports de bois, et les navires manœuvraient dans un mètre à un mètre et demi d’eau. Quand la maçonnerie des souterrains remplace le bois, à la fin du Iᵉʳ siècle, c’est fini.
Titus meurt l’année suivante. En 107, pour fêter une victoire, Trajan donnera 123 jours de jeux, avec onze mille animaux et dix mille gladiateurs.
La ruine10
En 217, la foudre met le feu au bâtiment. Les niveaux supérieurs, en bois, brûlent. Les réparations durent jusque vers 240.
Les spectacles s’éteignent avec l’empire chrétien. En 325, Constantin interdit de forcer des criminels à se battre à mort comme gladiateurs. L’empereur Honorius interdit les combats en 399, puis en 404. L’historien Théodoret lie cette décision au martyre d’un moine, Télémaque. On signale encore des combats vers 435, et Valentinien III répète l’interdiction en 438. Les chasses continuent au moins jusqu’en 523.
Puis viennent les séismes : 443, 508, 801, 847. Celui de 1349 est le plus grave. Tout le côté sud de l’anneau extérieur s’effondre. C’est la partie que la figure montre en pâle.
La carrière11
Les piliers sont criblés de trous. Ce sont les traces des agrafes de fer : on a creusé la pierre aux joints pour les arracher.
Le bâtiment a tout connu au Moyen Âge. On y trouve une chapelle, un cimetière dans l’arène, des logements et des ateliers. Vers 1200, la famille Frangipani le fortifie et en fait son château. Au XIVᵉ siècle, des bandits s’y cachent. En 1377, un ordre religieux le restaure et en occupe une partie, jusqu’au début du XIXᵉ siècle.
Il sert surtout de carrière. En 1451, le pape Nicolas V en fait tirer 2 500 chargements de pierre. Le travertin du Colisée entre dans la basilique Saint-Pierre et dans le palais de Venise. Le marbre de la façade est brûlé pour en faire de la chaux.
Les papes ont eu d’autres projets. Sixte V voulait y installer une filature de laine, pour donner du travail aux prostituées de Rome ; il meurt avant. En 1671, le cardinal Altieri autorise des courses de taureaux. Le tollé est tel qu’on y renonce.
Les contreforts12
En 1749, le pape Benoît XIV interdit d’y prendre des pierres. Il déclare le lieu sanctifié par le sang des martyrs chrétiens et y installe un chemin de croix. Aucune source antique ne situe pourtant de martyre au Colisée, et les historiens pensent que la plupart ont eu lieu ailleurs, au Circus Maximus par exemple. Une croix se dresse toujours dans le monument.
Le mur, lui, menaçait de tomber. Aux deux extrémités de ce qui restait de l’anneau extérieur, les arcs n’étaient plus contrebutés. On les a calés par deux grands éperons de brique. Le premier, celui de l’architecte Stern, suit le séisme de 1806 ; les sources le datent de 1806 ou de 1807. Le second, celui de Valadier, est commencé en 1823 et daté de 1827. Ce sont les deux pans inclinés qui donnent aujourd’hui au monument sa silhouette.
L’intérieur est repris en 1831, en 1846 et dans les années 1930. Une restauration menée de 1993 à 2000 coûte quarante milliards de lires. En 2011, l’industriel Diego Della Valle, patron de Tod’s, s’engage à financer vingt-cinq millions d’euros de travaux. Le nettoyage de la façade commence en 2013 et s’achève le 1ᵉʳ juillet 2016.
Pièce par pièce13
La figure sépare ici le bâtiment en ses parties : les souterrains, le plancher de l’arène, les gradins, l’anneau intérieur, les quatre niveaux du mur extérieur et les deux contreforts de brique.
Le plan et la hauteur sont ceux que donnent les sources. La hauteur de chaque étage, l’épaisseur des murs et la pente des gradins sont estimées d’après des photographies. Les murs des souterrains sont simplifiés : la figure en donne le principe, pas le relevé.
Aujourd’hui14
Le Colisée est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980. En 2007, un vote international l’a rangé parmi les sept nouvelles merveilles du monde.
Chaque Vendredi saint, le pape y conduit un chemin de croix. Et la nuit, la ville change son éclairage : il prend une teinte dorée chaque fois que, quelque part dans le monde, une condamnation à mort est commuée ou la peine capitale abolie.
Le monument sert parfois de décor. Un concert pour la paix s’y tient en mai 2002, Paul McCartney y chante en mai 2003, Elton John y donne un concert gratuit en septembre 2005. On le voit au cinéma dans Vacances romaines et dans Gladiator.
La croix porte une plaque. Elle dit que l’amphithéâtre, jadis consacré aux triomphes, aux divertissements et au culte impie des dieux païens, a reçu une autre dédicace.
Les botanistes y ont trouvé un jardin. Domenico Panaroli dresse le premier catalogue de ses plantes en 1643. En 1855, l’Anglais Richard Deakin en recense 418 espèces. On en a relevé 684 depuis le XVIIᵉ siècle, apportées par les oiseaux, le vent et, dit-on, par les bêtes que l’on faisait venir pour les jeux.